Selon le rapport « Banking on Biodiversity Collapse 2025 », publié le 5 novembre 2025, l’agroalimentaire est régulièrement désigné comme un des plus grands responsables de la disparition des forêts à travers le monde. Derrière les entreprises souvent montées au créneau, se cachent des acteurs moins visibles mais tout aussi influents : les banques; selon le rapport publié par la coalition Forests & Finance, les établissements financiers mondiaux ont injecté, en seulement 18 mois, 72 milliards de dollars dans des chaînes de valeur agricoles à haut risque pour les forêts, notamment la viande bovine, le soja, l’huile de palme, la pâte à papier et le papier.
le meme rapport indique qu’entre 2016 et 2024, les banques ont accordé pas moins de 429 milliards de dollars de crédits et d’émissions d’obligations à des entreprises liées à ces secteurs, soit une augmentation de 35 % par rapport à la période précédente. Les 30 plus grandes banques de la planète, à elles seules, représentent 327,3 milliards de dollars de ce total. Ces flux financiers, originaires principalement des États-Unis, de Malaisie, du Brésil, du Japon et du Royaume-Uni, ont surtout profité à la production de pâte à papier, de papier et d’huile de palme, des industries notoirement associées à la déforestation en Asie du Sud-Est, en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Amérique du Sud.
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Le rapport souligne que la majorité de ces financements ont été octroyés sans garanties suffisantes en matière de protection des forêts ou des droits des populations locales. Malgré les engagements pris depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015, qui reconnaît le rôle crucial des forêts dans la lutte contre le changement climatique, les politiques bancaires restent marquées par des « faiblesses persistantes, des engagements vagues et d’importantes lacunes ». Les auteurs dénoncent notamment l’absence de mécanismes contraignants pour encadrer les activités des institutions financières, permettant ainsi la poursuite de pratiques destructrices sous couvert de promesses non tenues.
Pour les auteurs du rapport, l’échec des approches volontaires est désormais évident : « Malgré des progrès en matière de données, de transparence et de gestion des risques, les grandes institutions financières continuent de financer la destruction de la biodiversité. » Cette publication intervient à un moment clé, à quelques jours de l’ouverture de la COP30 à Belém, au Brésil, où la question de la déforestation sera au cœur des débats. Un autre rapport, publié le 14 octobre 2025 par une coalition d’ONG et d’organismes de recherche, avait déjà révélé que 8,1 millions d’hectares de forêts avaient été perdus en 2024, soit le deuxième niveau le plus élevé de la décennie. Ces chiffres rappellent l’urgence d’agir, alors que les forêts, en tant que puits de carbone et remparts contre le changement climatique, jouent un rôle vital pour l’avenir de la planète.
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Si les banques et les investisseurs institutionnels (qui détiennent par ailleurs 42 milliards de dollars en actions et obligations dans 191 entreprises à risque pour les forêts) sont aujourd’hui pointés du doigt, la balle est désormais dans le camp des régulateurs. La question n’est plus seulement de savoir si le secteur financier peut se réformer de l’intérieur, mais bien de déterminer comment les États et les instances internationales peuvent imposer des règles contraignantes pour mettre fin à ce cercle vicieux. À l’heure où la crise climatique s’accélère, l’enjeu est de taille : parvenir à concilier croissance économique et préservation des écosystèmes, sans quoi les promesses de développement durable ne resteront que des mots.
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