Trois images d’un même été

Jean Marie Kenfack
Rédacteur en chef
jm.kenfack@afrive.info
Crédit photo : C. Kengne

L’été 2026 restera dans les mémoires pour trois images au moins. La première est joyeuse : le 19 juillet, au MetLife Stadium du New Jersey, l’Espagne a décroché sa deuxième Coupe du monde en battant l’Argentine en prolongation, seize ans après son premier sacre, au terme du plus vaste tournoi de l’histoire – quarante-huit nations, trois pays hôtes. On a un peu oublié, dans la liesse de la Roja, que celle-ci avait entamé sa campagne par un match nul contre le Cap-Vert, modeste archipel africain qui disputait là sa toute première Coupe du monde. Le futur champion tenu en échec par un débutant venu du large de Dakar : le football, parfois, écrit d’avance les métaphores dont on a besoin.

La deuxième image est brûlante, au sens propre. Pendant que le monde regardait le ballon, plus de dix mille personnes étaient évacuées près de Madrid, fuyant des incendies attisés par une canicule devenue la signature des étés européens. La troisième est stratégique : Washington et Riyad annonçaient un accord de coopération nucléaire civile, aussitôt scruté par ceux qui redoutent l’usage qu’une pétromonarchie pourrait en tirer. Un continent qui brûle, un royaume du pétrole qui prépare déjà l’après-pétrole : deux façons d’avouer que l’énergie d’hier ne mène nulle part.

Rien, en apparence, ne relie ces trois images. À les regarder mieux, elles racontent la même histoire -celle d’un monde qui sait que le modèle fossile est derrière lui, mais qui n’arrive pas à s’accorder sur le chemin de la sortie. Et dans ce tableau, l’Afrique occupe une place singulière, qui est le sujet de ce numéro. Le continent n’a ni le luxe de temporiser comme Riyad, ni les moyens de la lenteur européenne. Il a le soleil – le meilleur de la planète – et 600 millions d’habitants qui attendent encore une ampoule qui s’allume. En 2025, l’Afrique a battu son record d’installations solaires : plus de 4,5 gigawatts en une année, une hausse de 54 %. La promesse est réelle. Mais derrière l’éclat des inaugurations, un quart de l’électricité produite se perd encore entre la centrale et la facture.

C’est cette part d’ombre que nos contributeurs ont voulu sonder, en refusant le récit trop confortable du continent radieux. Notre dossier regarde les institutions plutôt que les rubans coupés : la fiscalité et les réseaux qui fixent le vrai prix d’un mégawatt, le stockage, l’hydrogène du Maghreb, les compétences qui manquent, les régions minières qu’une transition mal pensée abandonnerait. Mais ce numéro déborde le seul enjeu énergétique : on y croise des femmes entrepreneures qui inventent leur autonomie, une application camerounaise contre le gaspillage alimentaire, une agriculture qui se libère de sa dépendance aux engrais. Autant de visages d’un même continent qui bâtit, concrètement, sa durabilité.

Car la leçon de cet été tient en une phrase, et elle vaut pour l’Afrique comme pour le reste du monde : le soleil est gratuit, mais tout ce qui le transforme en électricité payée – les institutions, les compétences, les réseaux – a un coût, un prix et un maître d’œuvre. C’est là, et non dans les gisements, que se joue la transition. Comme le Cap-Vert face à l’Espagne, l’Afrique a montré qu’elle pouvait entrer dans la cour des grands. Reste à transformer l’exploit en trajectoire. Bonne lecture.

Jean Marie Kenfack

Newsletter

Recevez nos actualités récentes directement dans votre boîte mail.

Jean Marie KENFACK TASANOU
Jean Marie KENFACK TASANOU
Articles: 2

Laisser un commentaire

×