Afrive
13 rue Truillot
94200 Ivry-sur-Seine
France
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Sur un continent confronté à une forte croissance démographique et à une vulnérabilité accrue au changement climatique, l’eau représente une ressource critique, mais paradoxalement sous-financée. En 2020, six Africains sur dix n’avaient pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Les décès prématurés liés à l’insalubrité de l’eau et à l’assainissement inadéquat coûtent près d’un tiers du PIB africain, soulignant l’importance des investissements dans ce secteur.
Entre 2000 et 2020, 500 millions de personnes supplémentaires ont obtenu un accès à au moins des services d’eau potable de base, soit environ 40 % de la population. Ces progrès restent inégalement répartis. En 2021, seuls 7 % des ménages ruraux avaient accès à l’eau courante, contre 25 % de ceux des petites villes et 33 % de ceux des grandes villes.
L’eau représente également un enjeu majeur pour la transformation économique, notamment pour le secteur agricole, qui représente près de 60 % des besoins en eau du continent. Les marges de progression restent importantes : en Afrique de l’Ouest, par exemple, seules 10 % des terres irrigables étaient irriguées, d’après les données disponibles pour 2017. De même, près de 25 % des entreprises africaines sont confrontées à une fourniture d’eau insuffisante, contre moins de 10 % dans les autres régions en développement.
Alors que les besoins en eau augmentent, les financements diminuent. Les besoins d’investissement dans les infrastructures hydrauliques sont estimés à au moins 30 milliards USD par an pour atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies d’ici à 2030. Pourtant, sur la période 2016-2020, les investissements annuels n’ont atteint en moyenne que 11,4 milliards USD par an.
Le financement du développement représentait 52 % des investissements dans le secteur de l’eau entre 2016 et 2020. Ces financements avaient déjà reculé d’environ 4 milliards USD en 2022 à 3,5 milliards USD en 2023. Les perspectives sont préoccupantes, l’OCDE anticipant une baisse de l’aide publique au développement de 9 % à 17 % en 2025, pour l’ensemble des pays.
Les gouvernements africains, qui contribuent à hauteur de 47 % au financement des infrastructures hydrauliques, font également face à des marges budgétaires étroites et à un endettement croissant. Entre 2019 et 2023, ils ont consacré en moyenne sept fois plus de ressources au service de la dette qu’aux infrastructures.
Enfin, l’investissement privé ne représente qu’1 % du financement total, freiné par un coût du capital pour les projets d’infrastructure atteignant 13 %, contre 10 % dans les pays d’Asie en développement.
Dans un contexte de ressources contraintes, la sélection stratégique des projets permet de générer davantage d’impact. Impliquer les gouvernements locaux peut notamment renforcer l’efficacité des investissements.
À l’échelle continentale, un tiers des 36 villes interrogées sur leur gestion des infrastructures d’eau ont mis en place des outils de coordination intersectorielle. Parmi elles, 80 % estiment que ces initiatives ont amélioré la planification des infrastructures urbaines et l’allocation des financements.
Dans le secteur de l’eau, seul un service public sur trois recouvre ses coûts d’exploitation, d’entretien et de service de la dette. Améliorer l’entretien et la planification des coûts peut renforcer la viabilité financière des projets et mobiliser davantage d’investissements.
Les technologies intelligentes peuvent notamment faciliter la facturation et le suivi des problèmes techniques. Au Kenya, par exemple, les capteurs IoT adoptés par la ville de Nairobi permettent un suivi en temps réel des fuites et réduisent les pertes, un enjeu majeur lorsque l’absence d’entretien peut augmenter les coûts de remplacement de plus de 60 %.
Malgré l’ampleur des défis, les solutions se multiplient : décentralisation, gouvernance renforcée et outils technologiques. Pour accompagner la croissance démographique, la création d’emplois et renforcer la résilience face au climat, il est indispensable de passer à une nouvelle échelle et de placer l’eau au cœur des stratégies économiques du continent.
Développer de meilleures statistiques permettra de libérer les outils de financement nécessaires tout en mobilisant les capacités locales.
Arthur Minsat
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