Afrive
13 rue Truillot
94200 Ivry-sur-Seine
France
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A écouter certains discours internationaux, l’Afrique semble condamnée à demander l’autorisation avant chaque pas vers son développement. Lorsqu’elle exploite ses ressources fossiles, elle est critiquée. Lorsqu’elle réclame des financements pour les énergies renouvelables, elle attend.
Lorsqu’elle revendique son droit à l’industrialisation, elle doit encore justifier ses ambitions.
Pourtant, une réalité s’impose : l’Afrique n’est pas responsable de la crise climatique mondiale à la même échelle que les grandes puissances industrielles.
Le continent représente une faible part des émissions historiques de gaz à effet de serre, mais il subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique : sécheresses récurrentes, inondations dévastatrices, insécurité alimentaire et fragilisation croissante des populations les plus vulnérables.
Dans le même temps, des centaines de millions d’Africains vivent encore sans accès à une énergie fiable. Comment parler de transition énergétique à une famille qui n’a pas l’électricité ? Comment exiger une économie verte à des jeunes qui attendent des emplois, à des entreprises qui peinent à produire faute d’énergie, ou à des hôpitaux contraints de fonctionner dans des conditions précaires ?
Le débat mérite donc d’être recentré. Pour l’Afrique, la transition énergétique n’est pas un luxe écologique ni une simple exigence dictée par les agendas internationaux. Elle est avant tout une question de dignité, de souveraineté et de développement. Elle doit permettre d’éclairer les foyers, d’alimenter les industries, de connecter les territoires et d’offrir des perspectives à une jeunesse qui représente l’une des plus grandes forces du continent.
L’Afrique dispose pourtant d’atouts exceptionnels. Du Sahara aux côtes atlantiques, des vallées hydroélectriques d’Afrique centrale aux ressources géothermiques de l’Afrique de l’Est, le potentiel est immense. Le soleil, le vent, l’eau, le gaz naturel et les minerais stratégiques indispensables aux technologies vertes placent le continent au cœur de la transition énergétique mondiale. Mais être au cœur des ressources ne signifie pas nécessairement être au cœur des décisions.
C’est là que se situe le véritable défi. L’Afrique veut-elle demeurer un simple réservoir de matières premières alimentant la révolution énergétique des autres, ou devenir un acteur majeur capable de transformer ses richesses en emplois, en infrastructures et en prospérité pour ses populations ? Cette question dépasse le seul cadre énergétique : elle engage l’avenir économique, industriel et géopolitique du continent.
L’heure n’est plus aux injonctions contradictoires ni aux promesses répétées sans résultats concrets. L’heure est à la construction d’un modèle africain de transition énergétique, pensé par les Africains et pour les Africains. Un modèle qui concilie impératifs environnementaux, accès universel à l’énergie, création de valeur locale et ambition industrielle.
L’Afrique n’a pas besoin qu’on lui accorde la permission de réussir. Elle a besoin d’investissements équitables, de partenariats respectueux et de la reconnaissance de son droit à définir librement sa trajectoire de développement. Car une transition énergétique véritablement juste ne peut être imposée ; elle doit être choisie et portée par ceux qu’elle est censée servir.
Au fond, la question n’est peut-être plus de savoir si l’Afrique est prête pour sa transition énergétique. La vraie question est de savoir si le monde est prêt à accepter une Afrique qui ne se contente plus de suivre la voie tracée par d’autres, mais qui entend désormais ouvrir la sienne. ●
Eric Nguéguim
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