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Éthiopie : vers l’autonomie verte avec une raffinerie de biocarburant

l’Éthiopie a franchi une étape décisive dans sa transition énergétique en lançant la construction de sa première raffinerie et en étendant l’interdiction d’importer des véhicules diesel et essence, y compris les camions. Le pays mise désormais sur une stratégie ambitieuse de biocarburants, visant à réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures et à structurer une filière locale. Une révolution industrielle et écologique qui pourrait redessiner le paysage énergétique de l’Afrique de l’Est.

par Habib Tizi

L’Éthiopie accélère sa marche vers l’indépendance énergétique. En octobre 2025, le pays a posé la première pierre de sa toute première raffinerie, un projet phare destiné à transformer sa dépendance aux importations de carburants. Parallèlement, le gouvernement a élargi l’interdiction d’importer des véhicules fonctionnant au diesel ou à l’essence, incluant désormais les camions. Une mesure forte, annoncée par le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MoWE), qui s’inscrit dans une volonté de réduire la pression sur les devises étrangères et de favoriser les alternatives locales.

Le 3 novembre 2025, le MoWE a révélé une nouvelle réglementation imposant des taux de mélange obligatoires de biocarburants dans les carburants routiers (éthanol/essence, biodiesel/diesel) et d’aviation (SAF) d’ici 2035. Cette décision s’appuie sur la stratégie nationale révisée des biocarburants, élaborée en juin 2025 avec l’appui de la Roundtable on Sustainable Biomaterials (RSB). L’objectif est clair : substituer progressivement les importations de pétrole par une production locale, tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur des transports. Pour concrétiser cette ambition, l’Éthiopie devra mobiliser des centaines de millions de dollars. Selon l’étude « Fueling Africa’s Flight », publiée en juin 2025 par la Banque mondiale, la transformation de la mélasse et des résidus agricoles en carburants liquides nécessitera des investissements massifs. Par exemple, une unité de conversion alcool-vers-kérosène (ATJ) d’une capacité de 2 000 barils par jour coûterait environ 376 millions USD, couvrant 6 % de la demande nationale de kérosène. Une autre filière, celle de la valorisation des déchets municipaux en carburants via le procédé Fischer-Tropsch (MSW-FT), exigerait un investissement de 547 millions USD pour une capacité équivalente.

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Le ministère éthiopien prévoit également la réhabilitation des distilleries d’éthanol liées aux sucreries publiques et la création de nouvelles installations. L’objectif est d’augmenter la production nationale d’éthanol carburant, permettant des taux de mélange de 10 à 20 % dans l’essence utilisée pour le transport routier. Une avancée majeure pour un pays où les importations de carburants ont atteint 4 milliards USD en 2022/2023, soit 23,1 % du total des importations de marchandises, selon la Banque nationale d’Éthiopie (NBE). La facture énergétique pèse lourdement sur l’économie éthiopienne. En 2022/2023, la hausse de 14,6 % des importations de carburants a aggravé les déséquilibres de la balance des paiements, soulignant l’urgence de trouver des alternatives locales. La stratégie des biocarburants pourrait non seulement réduire cette dépendance, mais aussi créer des emplois et dynamiser les zones rurales grâce à la valorisation des résidus agricoles.

Pour financer cette transition, le gouvernement éthiopien étudie la création d’un fonds national dédié aux biocarburants, afin d’attirer des investisseurs privés. Selon la RSB, ce mécanisme pourrait faciliter la mobilisation des capitaux nécessaires et accélérer la mise en œuvre des projets industriels. Une approche qui s’inspire des modèles réussis en Amérique latine et en Asie, où les biocarburants ont permis de réduire significativement les importations de pétrole. L’Éthiopie pourrait devenir un exemple pour le continent. Selon l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA), l’Afrique dispose d’un potentiel énorme pour les biocarburants, notamment grâce à ses vastes ressources agricoles et ses déchets organiques. En 2025, plusieurs pays africains, comme le Kenya et le Rwanda, ont également lancé des initiatives similaires, mais l’Éthiopie se distingue par l’ampleur et la rapidité de sa stratégie.

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Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. La mobilisation des investissements, la formation de la main-d’œuvre et l’adaptation des infrastructures logistiques seront déterminantes. De plus, la volatilité des prix des matières premières agricoles pourrait influencer la rentabilité des projets. Enfin, la coordination entre les différents acteurs publics et privés sera essentielle pour garantir la réussite de cette transition. L’Éthiopie trace une voie audacieuse vers une économie plus verte et moins dépendante des énergies fossiles. En combinant innovation industrielle, réglementation ambitieuse et mobilisation des ressources locales, le pays pourrait non seulement sécuriser son approvisionnement énergétique, mais aussi inspirer d’autres nations africaines à suivre son exemple.

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