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Nutrition : la Banque mondiale met 34 M$ pour transformer l’Afrique subsaharienne

Face à une malnutrition persistante et alarmante en Afrique subsaharienne, la Banque mondiale propose une stratégie ambitieuse : investir 34 milliards de dollars sur dix ans pour renforcer durablement les systèmes nutritionnels de la région. Ce plan, contenu dans le dernier rapport intitulé Cadre d’investissement pour la nutrition, ambitionne de sortir d’une logique d’urgence pour installer des solutions structurelles et durables.

par Patricia Angonemane

L’enjeu est de taille. Selon les données de la FAO, entre 2010 et 2023, le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique subsaharienne est passé de 154,6 millions à 277,7 millions. Une progression inquiétante qui fait de la région la plus touchée par la faim dans le monde, avec 20,4 % de sa population concernée. À cela s’ajoutent des indicateurs dramatiques : un tiers des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance, 40 % des femmes enceintes sont atteintes d’anémie et 13,9 % des naissances affichent une insuffisance pondérale.

Pour répondre à cette urgence nutritionnelle, la Banque mondiale ne propose pas seulement un financement. Elle recommande une refonte complète des approches actuelles. Le plan repose sur deux leviers majeurs : des interventions nutritionnelles ciblées et une transformation des systèmes alimentaires.

Les interventions visent d’abord les populations les plus vulnérables : femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants. Elles incluent la supplémentation en fer et en acide folique, la distribution de vitamine A et de zinc, l’allaitement exclusif pendant six mois, ainsi que le traitement de la malnutrition aiguë par des aliments thérapeutiques. Autant d’actions éprouvées, à fort impact et à coût raisonnable.

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Mais le rapport insiste sur un autre point crucial : le besoin de réformes systémiques. Il appelle à l’adoption de politiques nutritionnelles nationales solides, de réglementations claires (étiquetage nutritionnel, encadrement de la publicité), et de mesures économiques incitatives, comme les taxes sur les produits néfastes à la santé, notamment les boissons sucrées.

L’objectif est de sortir d’une approche fragmentée, souvent limitée à la réponse humanitaire, pour construire des systèmes cohérents, intégrés, capables d’agir simultanément sur l’offre, la demande, les comportements alimentaires et les cadres institutionnels.

Au-delà de la santé, l’investissement nutritionnel est présenté comme un levier économique. La Banque mondiale estime qu’un dollar investi dans la nutrition peut générer entre quatre et cinq dollars de bénéfices annuels. Ces gains se matérialisent par la réduction des dépenses de santé, l’augmentation de la productivité, et la préservation du capital humain.

À l’échelle mondiale, la mise en œuvre des recommandations de ce cadre pourrait éviter 27 millions de cas de retard de croissance, 47 millions de cas de malnutrition aiguë et 144 millions de cas d’anémie maternelle. En Afrique subsaharienne, c’est un impératif : sans effort majeur, 24 millions d’enfants supplémentaires pourraient souffrir de retard de croissance d’ici 2050.

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L’appel de la Banque mondiale est donc clair : il est temps pour les États africains de passer à l’action. En plaçant la nutrition au cœur de leurs politiques de développement, ils pourront non seulement améliorer la santé de leurs populations, mais aussi bâtir les fondations d’un avenir économique et social plus résilient.

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