Si l’exploitation artisanale de l’or fait vivre des millions de foyers au Ghana, elle représente également une menace croissante pour les sols, les rivières et l’environnement en général. Depuis plusieurs années, les autorités d’Accra cherchent à rompre avec l’approche purement répressive du phénomène du galamsey (exploitation minière illégale) en explorant des voies plus durables. C’est dans cette logique que s’inscrit le lancement du Responsible Cooperative Mining and Skills Development Programme (RCOMSDEP), une réforme ambitieuse de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle officiellement dévoilée ce mercredi 6 août 2025 par le ministre ghanéen des Terres et des Ressources naturelles, Emmanuel Armah-Kofi Buah.
Le programme RCOMSDEP fusionne deux initiatives antérieures dont le Community Mining Scheme (CMS), mis en place en 2019 pour formaliser l’exploitation illégale à travers l’octroi de concessions communautaires, et le National Alternative Employment and Livelihood Programme (NAELP), lancé en 2021 pour offrir des emplois alternatifs aux anciens mineurs illégaux. L’objectif est désormais de renforcer l’encadrement de ces activités à travers une approche plus intégrée et structurée.
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Pour accompagner cette mutation, un guichet de services techniques sera mis en place. Il proposera la location d’équipements modernes, des études géologiques, des formations en sécurité, ainsi qu’un accompagnement à la conformité réglementaire. Le gouvernement prévoit également la réhabilitation des sites miniers dégradés, en parallèle du développement de chaînes de valeur agricoles et agro-industrielles destinées à diversifier les revenus des populations rurales. Dans cette dynamique, des coopératives agricoles et des unités de transformation verront le jour afin de réduire la dépendance à l’or.
« Nous sommes à un tournant où l’exploitation minière doit devenir un catalyseur de prospérité, et non une malédiction pour notre terre. Le moment est venu de rendre nos eaux bleues et nos forêts vertes grâce à une exploitation minière responsable. Nous entamons ce parcours aujourd’hui », a déclaré le ministre Buah lors de la cérémonie de lancement à Obuasi, dans la région d’Ashanti, l’un des épicentres de l’activité aurifère au Ghana.
L’ampleur du défi est considérable. On estime qu’environ un million de personnes travaillent directement dans le galamsey, et que près de 4,5 millions en dépendent indirectement. Outre la pollution des cours d’eau par le mercure et la destruction des terres cultivables, cette activité illégale prive également l’État de ressources fiscales importantes, tout en menaçant des secteurs clés comme la culture du cacao.
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Face à ces enjeux, le rCOMSDEP se présente comme une tentative renouvelée d’apporter une solution globale à l’exploitation minière artisanale incontrôlée. Selon les informations rapportées par le média local JoyOnline, le déploiement national du programme débutera dans les prochaines semaines. Il comprendra des sessions de formation, des certifications, ainsi qu’une assistance pour l’obtention de licences officielles. À ce jour, aucun chiffre n’a été communiqué concernant le budget alloué ou le nombre de mineurs qui seront concernés par cette réforme. Pour rappel, le projet CMS visait initialement à créer deux millions d’emplois à travers le pays, tandis que le NAELP ambitionnait de former 200 petites entreprises minières respectant les normes de sécurité, et de lancer une cinquantaine de projets miniers. Avec le rCOMSDEP, le Ghana espère transformer l’exploitation minière artisanale en une activité régulée, économiquement viable, socialement responsable et écologiquement soutenable.
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