Lancés officiellement le 9 février 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé au Cameroun, les travaux du 23e Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA) ont en réalité commencé le 7 février 2026 par la tenue du Comité de direction et l’Assemblée générale de l’AAEA. Des instances, qui ont permis de consolider la gouvernance de l’association et d’arrêter des orientations stratégiques majeures et de renforcer sa vision collective. C’est sur cette base que le congrès de Yaoundé a pu se développer avec cohérence et ambition.
Plus de 2 000 participants, dont 500 délégués issus de 52 pays et représentants de 338 organisations publiques, privées, académiques et partenaires techniques et financiers ont pris par à l’événement. Cette diversité géographique et institutionnelle a en effet témoigné de la centralité croissante des enjeux liés à l’eau et à l’assainissement dans l’Agenda africaine, dans un contexte continental marqué par une croissance démographique, une urbanisation accélérée et l’intensification des impacts du changement climatique. Yaoundé s’est ainsi imposé comme un espace stratégique de dialogue, de convergence et d’engagement collectif.
Quelle réponse face au défi de l’accès à l’eau en Afrique ?

Le cœur du congrès a été marqué par la richesse de son programme scientifique et technique. Les travaux se sont articulés autour de 60 sessions, dont les forums des maires, des jeunes et des femmes, et 250 communications scientifiques et professionnelles couvrant l’ensemble du secteur. En ce qui concerne l’eau, l’AAEA a réaffirmé la nécessité d’industrialiser une gestion intégrée et résiliente des ressources en eau. L’association a également invité les États et les autorités compétentes à renforcer la protection des bassins versants, à améliorer la connaissance des ressources hydriques grâce à des systèmes de modélisation performants et à des données fiables, à intégrer systématiquement l’adaptation climatique dans les planifications sectorielles, et à accélérer la performance des services d’eau potable.
«La sécurisation de la ressource constitue le socle de la durabilité des services. Sans ressource protégée, il ne peut y avoir de service pérenne», a relevé François Olivier Ngosso, le Directeur exécutif de l’AAEA pendant la cérémonie de clôture du Congrès, avant d’ajouter que «les opérateurs sont appelés à intensifier la lutte contre les eaux non facturées, à moderniser les réseaux à travers la digitalisation, et à garantir une qualité d’eau irréprochable, notamment dans les zones rurales, péri-urbaines et vulnérables. Car, la performance technique n’est pas seulement un indicateur opérationnel, elle est la condition indispensable de la crédibilité financière et de la confiance des usagers»
La réutilisation des eaux usées traitées pour assainir les villes et villages africains
En matière d’assainissement, les travaux ont souligné la nécessité de le repositionner comme priorité sanitaire et opportunité économique. Les gouvernements et collectivités ont été encouragés à inscrire l’assainissement au cœur des politiques budgétaires et territoriales, en soutenant la valorisation des eaux produites, la réutilisation des eaux traitées et le développement de chaînes de valeur locale.
Les échanges ont également insisté sur l’importance de renforcer la gouvernance et de mobiliser des financements innovants. La consolidation des cadres réglementaires, l’amélioration de la transparence et le développement de mécanismes de financements hydriques combinant ressources publiques, privées et locales apparaissent comme des conditions essentielles.

Par ailleurs, une attention particulière a été portée à l’investissement dans le capital humain et l’inclusion. Les États, opérateurs et partenaires sont appelés à promouvoir la formation continue, le leadership féminin, l’intégration des jeunes professionnels, et le partage d’expériences entre pairs. « Bien que l’avenir du secteur passe par l’intégration systématique de la data, de la recherche appliquée et des outils numériques et des outils numériques avancés doit permettre d’anticiper les crises, d’optimiser des opérations, et de renforcer la qualité de la prise de décision, la transformation du secteur de l’eau de l’assainissement ne repose pas uniquement sur des infrastructures ou sur des technologies, mais davantage sur des femmes et des hommes qui les conçoivent, les exploitent et les gouvernements», ont tour à tour rappelé les différents orateurs au congrès de l’AAEA.
La valorisation du savoir-faire africain au côté d’acteurs internationaux
En clôturant les échanges au Palais des Congrès de Yaoundé, le président de l’AAEA, Blaise Moussa a aussi évoqué la nécessité d’un engagement endogène de l’AAEA, plus fort et plus affirmé pour la cause de l’eau et de l’assainissement en Afrique et la nécessité d’une reconnaissance institutionnelle accrue de l’AAEA comme organe d’exécution du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW) et de l’Union africaine (UA). «L’AAEA dispose d’une expertise technique reconnue, d’un ancrage opérationnel auprès des opérateurs, et d’un réseau continental structuré. Il est donc légitime que cette capacité soit pleinement mobilisée au service des orientations stratégiques africaines. Je note également l’importance d’une reconnaissance de l’AAEA comme observateur auprès de l’UA et de la Banque africaine de développement (BAD). Une telle reconnaissance renforcerait notre légitimité institutionnelle, consoliderait notre rôle de plate-forme continentale, et amplifierait notre capacité de plaidoyer», a affirmé Blaise Moussa.

À Yaoundé, l’exposition organisé en marge des échanges a aussi constitué un pilier stratégique majeur du congrès, s’affirmant comme un véritable espace de convergence entre innovations, expertises et opportunités d’affaires en matière de traitement de l’eau d’assainissement, de gestion intelligente des données et digitalisation des services. Déployée sur une superficie de 1 300 m2, elle a rassemblé 104 exposants, dont 42 entreprises et institutionnelles africaines, illustrant la vitalité croissante de l’écosystème continental de l’eau et de l’assainissement. Elle a permis la présentation de solutions technologiques adaptées aux réalités et aux contraintes scientifiques des contextes africains.
«Yaoundé a définitivement démontré que notre force réside dans notre capacité à avancer ensemble. État, opérateur, collectivité, chercheur, partenaire technique et financier, et bien sûr femme et jeune. Le véritable défi commence maintenant. Notre responsabilité collective est de transformer les engagements exprimés ici en politiques publiques renforcées, en investissements structurants et en améliorations concrètes pour les populations africaines. Puisse les idées semées ici continuer de grandir dans vos contextes nationaux. L’histoire ne retiendra pas seulement que nous étions plus 2 000 réunis, mais elle retiendra ce que nous avons transformé», a conclu le président de l’AAEA.
Lire aussi – Au 23e Congrès de l’AAEA, Suez lance sa solution pour le pré-paiement de l’eau
Les 24e et 25e éditions du Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement se tiendront respectivement au Sénégal en 2028 et en Afrique du Sud en 2030. En attendant, l’heure est la concrétisation des engagements pris au Cameroun, alors que nous sommes à quatre ans de l’échéance de l’Objectif de développement durable (ODD) 6, fixée à 2030 par l’Organisation des Nations unies (ONU). Cet ODD vise à garantir l’accès universel à l’eau et à l’assainissement. Car, là où l’eau est bien gouvernée, les sociétés prospèrent.
Newsletter
Recevez nos actualités récentes directement dans votre boîte mail.