Avant la COP17, Earth Insight alerte sur l’impact grandissant de l’exploitation minière sur les aires protégées

Le 8 octobre 2026, l’ONG américaine Earth Insight a publié son nouveau rapport intitulé « Mise en œuvre de l’initiative “30×30” à haute intégrité : menaces industrielles et voies prometteuses pour une conservation de la biodiversité efficace et fondée sur les droits ». L’étude soutient que l’objectif mondial du Cadre mondial sur la biodiversité de Kunming-Montréal doit donner la priorité à la qualité et à l’efficacité de la protection, et non pas seulement à la superficie totale légalement préservée, et appelle à une mise en œuvre « à haute intégrité ».

Alors que les dirigeants du monde entier se réuniront du 19 au 30 octobre 2026, à Erevan, en Arménie pour une évaluation collective des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, adopté lors de la COP15 en décembre 2022, Earth Insight appelle à une mise en œuvre « à haute intégrité » de l’objectif 30×30. L’ONG américaine a résumé sa requête dans son récent rapport intitulé « Mise en œuvre de l’initiative “30×30” à haute intégrité : menaces industrielles et voies prometteuses pour une conservation de la biodiversité efficace et fondée sur les droits ». Spécialisée dans le recensement et le suivi des menaces liées aux combustibles fossiles, à l’exploitation minière et à l’expansion industrielle dans les écosystèmes mondiaux essentiels et sur les territoires autochtones, Earth Insight a notamment bénéficié du soutien de l’IUCN World Commission on Protected Areas (WCPA), l’International Indigenous Forum on Biodiversity (IIFB), Global Alliance of Territorial Communities, Key Biodiversity Areas et Campaign for Nature.

Publié après qu’une analyse spatiale pan-tropicale et des études de cas menées aux quatre coins du monde ont révélé que les aires protégées chevauchent 61 millions d’hectares de blocs pétroliers et gaziers et 43 millions d’hectares de concessions minières, Earth Insight espère que ses conclusions scientifiques orienteront le débat des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17), ainsi que les acteurs publics et privés à Erevan, en Arménie. L’idée est qu’ils s’engagent en faveur d’une mise en œuvre rigoureuse de l’initiative « 30×30 ».

Donner la priorité à la qualité et à l’efficacité de la protection

Avant tout, les gouvernements doivent reconnaître, garantir et financer les droits, la gouvernance territoriale et les savoirs traditionnels des peuples autochtones et des communautés locales, en tant que partenaires essentiels d’une conservation durable.

Les gouvernements devraient évaluer les progrès réalisés en fonction des résultats en matière de biodiversité plutôt qu’en termes d’hectares uniquement, en évitant les « parcs sur le papier » et en considérant l’objectif de 30 % comme un minimum mondial plutôt que comme un plafond écologique.

Il convient également d’établir et d’appliquer des exclusions géographiques visant à empêcher toute nouvelle activité extractive et industrielle à grande échelle dans les zones protégées et conservées, ainsi que de réexaminer, de retirer ou de supprimer progressivement les concessions existantes qui portent atteinte à l’intégrité écologique.

De plus, l’extension vers l’objectif « 30×30 » devrait donner la priorité aux lieux les plus importants pour la biodiversité, à commencer par les zones clés pour la biodiversité et les écosystèmes intacts et à haute intégrité.

«À trois ans de l’échéance, le rapport exhorte les dirigeants présents à la COP17 à tenir leurs promesses et à veiller à ce que les sites naturels les plus importants de la planète restent intacts, connectés, efficacement gérés et à l’abri des pressions industrielles qui menacent des décennies de progrès en matière de conservation», indique la commission mondiale dans son rapport. Ces promesses se résument en la protection et la conservation d’au moins 30 % des terres, des eaux intérieures, des zones côtières et des océans de la planète d’ici à 2030.

Au moins 29% des terres sont non protégées dans le bassin du Congo

À en croire l’ONG, plus de 50 % des zones terrestres clés pour la biodiversité identifiées en Asie du Sud-Est et en Amérique centrale restent non protégées, plus de 40 % en Amazonie restent non protégées, et au moins 29 % dans le bassin du Congo.

L’exploitation minière dans les zones terrestres non protégées du bassin du Congo concerne principalement des espaces forestiers ou ruraux ouverts à l’exploration et à l’extraction industrielle ou artisanale. Entre 2001 et 2025, la pratique aurait causé la disparition de 34 millions d’hectares de forêts, principalement en République démocratique du Congo (RDC). Abritant 58 % de la forêt de ce bassin, le pays est le principal foyer de déforestation dans la région.

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Le pays a créé, en janvier 2025, le « Couloir vert Kivu-Kinshasa », entendu comme un projet remarquable de conservation, visant à soutenir les moyens de subsistance des communautés locales et le développement d’une économie verte. L’ONG Earth Insight souligne dans son rapport qu’au moins 72 % de ce corridor de 54 millions d’hectares seraient recouverts par des concessions pétrolières et gazières, non sans compter les concessions minières et forestières.

Parallèlement à ces menaces, le rapport identifie des pistes concrètes pour une mise en œuvre de haute intégrité. L’exclusion légale des activités extractives des zones de conservation, une gouvernance fondée sur les droits et l’harmonisation des politiques intersectorielles apparaissent comme des leviers puissants pour combler le déficit d’intégrité. E n Afrique, Earth Insight  suggère notamment l’abrogation par le Ghana d’un règlement qui autorisait l’exploitation minière dans les réserves forestières.

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Inès Magoum
Inès Magoum
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