Après 13 jours de négociations, le 12 décembre 2015, Laurent Fabius, alors ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, validait l’Accord de Paris sur le climat en assemblée plénière. «Le projet d’accord proposé est différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant», déclarait-il. L’accord qualifié d’«historique», venait confirmer l’objectif central, vital même, de contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2°C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C, ce qui permettrait de réduire significativement les risques et les impacts liés au changement climatique d’ici à 2030. Un objectif à long terme ambitieux mais nécessaire.
La validation de l’Accord de Paris faisait également de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) l’affaire de tous, avec la soumission ou l’actualisation, tous les cinq ans, de contributions nationales, qui dans ce cas ne pourront être que plus ambitieuses. Le document réserve une place accrue à l’adaptation aux effets du dérèglement climatique. Il reconnaît la nécessaire coopération sur les pertes et dommages, de manière permanente et prééminente. Il aussi prévoit les moyens nécessaires pour permettre l’accès de tous au développement durable, en mobilisant les moyens adéquats de mise en œuvre. Rendu le 12 décembre 2025, l’Accord de Paris célèbre ses 10 ans.
Outre la soumission des stratégies de développement à long terme à faibles émissions de GES (LT-LEDS), les pays ont établi un cadre de transparence renforcée (ETF) en 2024. Dans ce cadre, les pays rendent désormais compte de manière transparente des mesures prises et des progrès réalisés en matière d’atténuation du changement climatique, de mesures d’adaptation et de soutien fourni ou reçu. Il prévoit également des procédures internationales pour l’examen des rapports fournis. Les informations recueillies par l’ETF alimentent le bilan mondial qui évalue les progrès collectifs vers la réalisation des objectifs climatiques à long terme.
Un bilan en demi-teinte
En 2025, le bilan de l’Accord de Paris est mitigé, car, la planète demeure en surchauffe. Selon le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), « les huit dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées depuis 125 000 ans, et le seuil critique de 1,5°C pourrait être atteint dès les années 2030, voire avant, rendant le dépassement de ce seuil « inévitable » à court terme». Au delà de ce seuil, 14% des espèces seront menacées d’extinction, et à plus de 2°C, 99% des récifs coralliens des eaux chaudes, qui abritent un quart de la vie marine périront, alerte le groupe d’experts. Seul responsable, l’être humain, dont les engagements en faveur de la lutte climatique restent insuffisants (limitation de l’utilisation des énergies fossiles, gestion durable des déchets, passage aux véhicules électriques, etc.). La COP30 tenue en novembre 2025 à Belém au Brésil, a également confirmé l’insuffisance des ambitions face à l’urgence climatique, notamment sur le financement climatique qui peine à atteindre les objectifs promis.
Pour mémoire, l’objectif de 100 milliards de dollars de financement climatique annuel, convenu par les pays développés pour les pays en développement, a été atteint pour la première fois en 2022, avec 115,9 milliards de dollars mobilisés, avec deux ans de retard sur l’échéance initiale (2020). Cet engagement, initié à la COP15 en 2009 et renouvelé à Paris, vise à aider les pays en développement à atténuer le changement climatique et à s’y adapter. Un nouvel objectif financier post-2025 (NCQG) est en cours de négociations pour remplacer l’objectif des 100 milliards.
Par ailleurs, la feuille de route sur la sortie des énergies fossiles, au coeur des discussions à Belém, a été exclue du texte final de la rencontre international, pourtant principale cause du changement climatique.
Un Accord qui fonctionne malgré tout
Ces constats alarmants ne doivent pas masquer les progrès réels accomplis depuis 2015. Car malgré l’ampleur des défis, l’Accord de Paris a profondément changé la trajectoire mondiale. Sans lui, la planète serait aujourd’hui sur une voie de réchauffement de plus de 4 °C. Aujourd’hui, les politiques inspirées ou renforcées par l’Accord de Paris ont permis d’infléchir cette trajectoire à environ +2,6 à +2,8 °C, notamment à travers la multiplication des projets d’énergies renouvelables et la réduction des coûts des équipements. C’est encore trop, mais cela prouve que l’action collective fonctionne et qu’en la renforçant, il reste possible de préserver la limite de 1,5 °C. Dix ans après son adoption, l’Accord de Paris prouve sa résilience et son efficacité relative : il ne suffit pas encore, mais il fonctionne. L’enjeu reste d’éviter que cette hausse devienne durable sur plusieurs décennies.
Dans la perspective du 10ème anniversaire de l’adoption historique de l’Accord de Paris, le processus de labellisation des événements 10 ans de l’Accord de Paris a été lancé. Cette initiative vise à encourager et promouvoir les initiatives qui reflètent l’esprit de l’Accord de Paris : les événements éligibles incluent conférences, réunions d’ampleur, ateliers, expositions, projets éducatifs et toute autre manifestation qui contribue concrètement au rehaussement de l’ambition, à la sensibilisation aux enjeux climatiques, à l’innovation durable, et à la mise en œuvre des objectifs climatiques. Le label « 10 ans de l’Accord de Paris » permettra de garantir une visibilité accrue, soutenue par la France et le Brésil, avec l’appui des Nations Unies.
Les organisateurs d’événements intéressés peuvent soumettre leur candidature en ligne sur le site officiel de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
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