Le média de l'écologie, de l'économie verte et de la croissance durable. Accueil » SECURITE ALIMENTAIRE » Sénégal : 275 M€ mobilisés pour la souveraineté alimentaire

Sénégal : 275 M€ mobilisés pour la souveraineté alimentaire

Le Sénégal, où l’agriculture emploie près de la moitié de la population active, reste structurellement dépendant des importations alimentaires, avec une facture annuelle dépassant 1,8 milliard de dollars. Face à ce défi, le gouvernement a annoncé le 5 novembre 2025 la mobilisation de 180,38 milliards de FCFA (275 millions d’euros) pour le Projet d’appui à la souveraineté alimentaire (PASS), en partenariat avec le FIDA, le Fonds de l’OPEP et le Fonds italien pour le climat. Ce financement vise à transformer les chaînes de valeur locales, renforcer la résilience climatique et réduire la dépendance aux importations, tout en touchant 2,6 millions de bénéficiaires dans 10 régions.

par Habib Tizi

Le Sénégal importe chaque année plus de 1,8 milliard de dollars de produits alimentaires, principalement des céréales (riz, blé, maïs) et des préparations à base de farine. En 2024, les importations agricoles et agroalimentaires ont atteint 1,775 milliard d’euros, soit 18 % du total des importations du pays, avec une hausse de 1 % par rapport à 2023. Le riz, produit de base de l’alimentation sénégalaise, représente à lui seul plus de 400 millions d’euros d’importations annuelles, en provenance majoritairement d’Asie et d’Europe. Cette dépendance pèse lourdement sur la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des prix internationaux.

Pour inverser cette tendance, le gouvernement sénégalais, en collaboration avec des partenaires internationaux, a réussi à mobiliser 180,38 milliards de FCFA (275 millions d’euros) pour le Projet d’appui à la souveraineté alimentaire (PASS). Ce financement, annoncé le 5 novembre 2025 par le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Mabouba Diagne, provient notamment du FIDA, du Fonds de l’OPEP et du Fonds italien pour le climat. Le PASS vise à améliorer la production, la productivité, la durabilité et la résilience climatique des principales chaînes de valeur agricoles, tout en renforçant les revenus des producteurs vulnérables.

LIRE AUSSI : Bamako accueille le premier Forum agricole de la Confédération des États du Sahel

Le projet devrait impacter directement ou indirectement 220 000 ménages, soit près de 2,6 millions de personnes, réparties dans 10 régions du pays. Les interventions prioritaires concernent les filières riz, mil, sorgho, maïs, oignon, niébé, ainsi que l’élevage et la pêche, secteurs identifiés comme stratégiques pour la sécurité alimentaire. Le PASS s’inscrit dans une logique de modernisation des pratiques agricoles, d’accès aux intrants, de formation des producteurs et de développement d’infrastructures résilientes, notamment face aux aléas climatiques.

Cette mobilisation financière s’accompagne d’une série de mesures structurelles : création de 1 000 fermes pilotes pour les jeunes, déploiement de volontaires agricoles dans les communes rurales, digitalisation des chaînes de valeur, et renforcement des capacités de stockage et de transformation. Le gouvernement a également annoncé un budget record de 130 milliards de FCFA pour la campagne agricole 2025-2026, ainsi que la réception de 74 250 tonnes d’urée pour soutenir la production céréalière.

LA REDACTION VOUS PROPOSE : Nairobi accueille le sommet Chine-Afrique sur l’agrochimie

Malgré ces avancées, le Sénégal reste confronté à des défis de taille : la faible productivité des sols, la rareté des pluies, l’accès limité aux financements pour les petits producteurs, et la concurrence des produits importés. La réussite du PASS dépendra de la capacité à coordonner les actions des différents acteurs, à garantir la transparence dans l’utilisation des fonds, et à impliquer durablement les communautés locales, notamment les femmes et les jeunes.

Si le PASS marque une étape décisive, les experts soulignent que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle nécessite des investissements continus, une meilleure gouvernance des ressources, et une politique agricole cohérente sur le long terme. La réduction de la dépendance aux importations passera aussi par une diversification des cultures, une amélioration des rendements, et une valorisation des produits locaux sur les marchés régionaux et internationaux.

Newsletter

Recevez nos actualités récentes directement dans votre boîte mail.

Vous pouvez aussi aimer

Laisser un commentaire

AfriVe
×