La nouvelle étude des chercheurs de l’Institut français de recherche scientifique internationale (IRD) a été publiée le 20 janvier 2026. Alors que le changement climatique modifie la fréquence, l’intensité et les interactions entre les grands modes climatiques, cette étude, à lire dans la revue scientifique mensuelle Nature Geoscience, souligne l’importance de prendre en compte les effets combinés et non linéaires des processus climatiques à grande échelle, en s’appuyant sur un indicateur global du risque d’inondations côtières qui combine le niveau de la mer, les surcotes de tempête, les marées et l’impact des vagues, tout en tenant compte de la topographie côtière.
Ainsi, après l’analyse de plus de 65 ans de données d’observations climatiques (1958–2023), les scientifiques de l’IRD en sont finalement arrivés à la conclusion que les inondations ne résultent pas uniquement de l’élévation du niveau de la mer ou de tempêtes isolées, mais aussi de combinaisons de phénomènes climatiques globaux comme El Nino et l’Oscillation Nord-Atlantique.
«Certaines combinaisons saisonnières d’El Nino (ENSO) et de l’Oscillation Nord- Atlantique (NAO) augmentent le risque d’inondations côtières de 10 à 20% supplémentaires par rapport à leurs effets individuels. Ces interactions accroissent l’activité des tempêtes et l’intensité des vagues, augmentant fortement le risque d’inondations sur de vastes régions côtières, de la côte est de l’Amérique du Nord à l’Europe occidentale et à la Méditerranée», peut-on lire dans la nouvelle étude menée par l’IRD. D’après les équipes de l’institut, les épisodes El Niño de type Pacifique Est, combinés à une NAO positive, augmentent fortement le risque d’inondation en Europe occidentale et sur les côtes est et ouest des États-Unis. Les vagues et les marées jouent un rôle clé dans les épisodes les plus sévères, en particulier lorsque des tempêtes intenses coïncident avec des marées hautes.
Environ 10 % de la population mondiale vit à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, rendant les zones côtières particulièrement vulnérables.

Pour mémoire, El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit dans le Pacifique tropical. Il correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface de l’océan et influence le climat à l’échelle mondiale. Selon sa phase, El Niño peut modifier les régimes de précipitations, la fréquence des tempêtes et les niveaux marins dans de nombreuses régions du globe.
Anticiper les inondations côtières jusqu’à 12 mois à l’avance
Quant à la NAO, elle est une variation de la pression atmosphérique dans l’Atlantique Nord. Elle joue un rôle clé dans la trajectoire et l’intensité des tempêtes affectant l’Europe, la Méditerranée et la côte est de l’Amérique du Nord. Selon sa phase, elle peut rendre les hivers plus doux et humides ou, au contraire, plus froids et secs.
Au-delà du diagnostic des risques actuels, l’étude de l’IRD démontre qu’il est possible de prévoir les risques d’inondations côtière plusieurs mois à l’avance : jusqu’à 12 mois d’anticipation dans le Pacifique, et jusqu’à 5 mois dans la région euro-atlantique, malgré la forte variabilité atmosphérique de l’Atlantique Nord.
Ces prévisions ainsi ouvrent la voie à de véritables systèmes d’alerte précoce, capables d’aider les autorités et les gestionnaires côtiers à mieux anticiper les périodes à haut risque, de renforcer la préparation des populations et de réduire les impacts humains et économiques des inondations, notamment en Afrique du Sud. Le pays est frappé depuis le début de ce mois de janvier 2026 par des pluies diluviennes, qui débordent les rivières et submergent les habitations. Dans la province de Limpopo, les autorités ont d’ailleurs confirmé 18 décès et six personnes disparues, tandis que 20 personnes sont mortes dans la province de Mpumalanga du fait de la montée des eaux.
Alors que cette étude constitue une avancée majeure pour la compréhension et l’anticipation des risques côtiers mondiaux, et fournissent une base scientifique solide pour renforcer l’adaptation des sociétés littorales face aux aléas climatiques, les auteurs soulignent que l’intégration future d’autres facteurs — tels que les précipitations extrêmes, les crues fluviales ou l’évolution de la morphologie côtière — pourrait permettra d’affiner encore l’évaluation et la prévision des risques d’inondations.
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