Afrive
13 rue Truillot
94200 Ivry-sur-Seine
France
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Créée en 2016, EDFI MC est une plateforme d’investissement qui permet aux institutions financières de développement européennes et à d’autres partenaires d’investir dans des projets à fort impact dans des contextes souvent perçus comme trop risqués par les investisseurs traditionnels. C’est dans cet esprit que nous gérons AgriFI, un fonds d’investissement à impact de 150 millions d’euros financé par l’Union Européenne et dédié aux chaînes de valeur agricoles durables, avec une attention particulière portée à l’inclusion des petits producteurs.
L’investissement d’AgriFI dans Good Nature Agro (GNA), en Zambie, illustre cette ambition. En soutenant un modèle agricole qui combine amélioration des revenus des petits exploitants et renforce la sécurité alimentaire, une transition vers des systèmes de production plus résilients et moins dépendants des engrais azotés de synthèse est par ailleurs assurée.
L’agriculture mondiale, et a fortiori l’agriculture africaine, se trouve aujourd’hui au cœur d’un triple impératif : nourrir une population croissante tout en réduisant son empreinte environnementale et en s’adaptant au changement climatique. Selon la FAO, les systèmes agroalimentaires représentent environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ces émissions proviennent de quatre sources majeures : la production agricole, le changement d’usage des terres et la déforestation, l’élevage, et l’utilisation d’engrais chimiques dont la fabrication et l’application sont très émettrices.
Ces engrais de synthèse jouent un rôle central pour augmenter la productivité et ont été à la base de la révolution verte, notamment en Asie et en Amérique latine, mais leur coût économique et environnemental est élevé. Leur fabrication est énergivore et demeure largement dépendante des combustibles fossiles. En effet, les intrants azotés de synthèse (l’azote est le principal nutriment de la croissance des plantes) sont fabriqués à grande échelle via le procédé Haber-Bosch, qui combine l’azote de l’air et l’hydrogène sous haute pression. Tant que l’hydrogène utilisé est produit à partir de gaz naturel ou d’autres hydrocarbures, cette fabrication demeurera fortement émettrice. On estime qu’une tonne d’engrais de synthèse émet l’équivalent de 2 tonnes de CO₂. Certains projets permettent dorénavant de produire des intrants azotés à partir d’hydrogène vert (issu d’énergies renouvelables), mais le passage à l’échelle de ces technologies et leur rentabilité dans différents contextes géographiques restent à démontrer.
Si la production de ces engrais est fortement émettrice, l’utilisation au champ entraîne en outre des émissions de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO₂. Une étude publiée dans Scientific Reports estime que l’ensemble de la chaîne de valeur des engrais azotés de synthèse représente 10,6 % des émissions agricoles mondiales.
Dans de nombreux pays africains, cette dépendance aux intrants est d’autant plus problématique qu’elle expose les producteurs à une forte volatilité des prix. Dans ce contexte, la diversification des systèmes de culture et le développement de filières de légumineuses constituent un levier. Les légumineuses jouent en effet un rôle clé dans les rotations culturales : elles sont capables de fixer l’azote atmosphérique et de contribuer ainsi à l’amélioration de la fertilité des sols. Elles peuvent également réduire les besoins en fertilisation pour les cultures suivantes, tout en offrant des débouchés commerciaux et des bénéfices nutritionnels importants.
C’est précisément sur ce levier que s’est construit Good Nature Agro. Entreprise sociale zambienne, GNA travaille avec des petits producteurs pour développer la production de légumineuses, notamment le soja, les haricots et l’arachide, utilisés en alimentation humaine et animale. Son modèle repose sur trois piliers complémentaires. D’abord, GNA fournit aux producteurs des semences certifiées ainsi qu’un accompagnement technique visant à améliorer les pratiques culturales et les rendements. Ensuite, l’entreprise sécurise les débouchés en rachetant la production, ce qui réduit l’incertitude commerciale pour les exploitations familiales. Enfin, elle contribue à structurer des chaînes de valeur locales autour des légumineuses en approvisionnant les industriels régionaux et en réduisant la dépendance aux importations.
Dans un pays comme la Zambie, où le maïs occupe une place centrale dans les systèmes alimentaires, le développement de rotations intégrant davantage de légumineuses présente un intérêt particulier. Il permet de sortir d’une logique de spécialisation excessive et d’introduire des cultures capables d’améliorer la fertilité des sols, de diversifier les revenus et de renforcer la résilience des exploitations face aux chocs climatiques et économiques.
En juillet 2023, AgriFI a signé un financement à long terme de 3 millions de dollars en faveur de Good Nature Agro. Cet investissement vise à accompagner le changement d’échelle de l’entreprise, notamment à travers la construction d’une nouvelle usine ainsi que le renforcement des capacités de recherche-développement en matière de semences. Les premiers résultats sont les suivants : en 2025, Good Nature Agro a travaillé avec 18 155 petits producteurs et a contribué à la production de 4 648 tonnes d’aliments, et ce malgré un contexte de sécheresse historique en Zambie.
L’intérêt du modèle de GNA tient aussi à sa capacité à concilier performance économique, sécurité alimentaire et durabilité. Pour les producteurs, l’accès à des semences certifiées et à un marché structuré peut se traduire par de meilleurs rendements, une meilleure visibilité sur les revenus et une réduction du risque. L’intégration des légumineuses dans les rotations contribue à améliorer la fertilité des sols et à réduire la dépendance aux engrais azotés de synthèse, particulièrement coûteux et volatils dans le contexte actuel.
Le cas de Good Nature Agro rappelle une réalité simple : la transition agricole ne se résume pas à introduire de nouvelles technologies. Elle suppose aussi de financer des entreprises capables de structurer des marchés, d’accompagner les producteurs dans la durée et de transformer des chaînes de valeur entières autour de pratiques plus durables. C’est précisément là que la finance d’impact a un rôle à jouer. En apportant des financements patients et adaptés au profil de risque de ces entreprises, des fonds comme AgriFI peuvent aider à faire émerger de nouveaux modèles.
Les enseignements de ces expériences dépassent d’ailleurs largement les frontières africaines. La diversification des rotations, le retour des légumineuses et la réduction de la dépendance aux engrais azotés sont désormais des enjeux mondiaux, y compris en Europe. Dans un contexte géopolitique tendu, la dépendance européenne aux engrais azotés importés apparaît particulièrement critique. L’UE dépend encore de la Russie pour environ un quart de ses importations d’engrais azotés, et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers des exportations mondiales d’engrais, accentue cette fragilité.
Or, pour se passer en grande partie d’engrais azotés en Europe, il faudrait multiplier par cinq à six la surface consacrée aux légumineuses, qui couvre aujourd’hui moins de 3 % des terres arables. Dans ce contexte, il devient essentiel de soutenir l’émergence d’équivalents européens de GNA, capables de structurer ces filières à grande échelle. L’enjeu est d’autant plus important que l’UE importe plus de deux tiers de ses protéines végétales, ce qui constitue un enjeu majeur pour la souveraineté alimentaire européenne.
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