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John Van Zuylen : «le solaire est l’allié fiable pour l’électrification et la lutte climatique»

par Inès Magoum
John van Zuylen : «le solaire est un allié fiable pour l’électrification et la lutte climatique»© Afsia

Ça y est! Nous y sommes! La Conférence de Bélem sur les changements climatiques (COP30) s’est ouverte ce lundi 10 novembre 2025 au Brésil. Alors que l’événement réunit des dirigeants mondiaux et des négociateurs des États membres (ou parties) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, afin de faire progresser l’action climatique, Afrive.info choisit de faire un focus sur l’énergie solaire, l’une des clés de la lutte climatique selon John Frédérick Van Zuylen, et un levier majeur de l’électrification en Afrique. Dans cette interview, le PDG d’Afsia (Africa Solar Industry Association) explique comment cette source d’énergie propre contribue à atteindre les objectifs mondiaux, et dit attendre que les engagements pris à la COP30 soient tenus, pour que le solaire continue d’être au service du développement.

Inès Magoum : Alors que la Conférence de Belém sur les changements climatiques (COP30) se tient depuis ce lundi matin, quel bilan peut-on dresser de l’action mondiale en faveur de la lutte contre le changement climatique ?

John Frédérick Van Zuylen : Je n’ai pas tous les éléments. Ce que je connais c’est l’énergie solaire. Au niveau de l’énergie solaire, aussi bien en Afrique que dans le reste du monde, on bat tous les records. Nous sommes en train de rattraper un certain retard, qui était énoncé ces dernières années.

On estime qu’en 2025, il va y avoir entre 580 et 650 GWc d’électricité qui vont être installés au niveau mondial. C’est vraiment une belle progression, et c’est surtout important parce que pour la première fois de l’histoire, l’énergie solaire et l’énergie éolienne vont produire plus d’électricité que le charbon au niveau mondial. De plus, l’électricité produite va dépasser la demande. C’est quelque chose d’exceptionnel!

Le résultat c’est qu’il y aura un impact positif sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) et sur la protection du climat de manière générale.

IM : Comment en est-on arrivé à ce résultat ?

J Z : Je pense que c’est un tout. Il y a plusieurs dynamiques. Il y a la dynamique politique, notamment à travers les engagements nationaux, spécifiquement pris à la COP. On peut avoir un avis positif ou négatif concernant les dynamiques politiques qui ont leur propre rythme. Ça commence souvent par beaucoup de discussions, beaucoup de discours, beaucoup d’effets d’annonce qui ne sont pas toujours suivis de résultats immédiats. C’est vrai que ça peut-être frustrant, mais, au final, on y arrive petit à petit. À côté de ça, il y a la réalité business. La réalité des entreprises.

Le sujet des énergies renouvelables, et particulièrement de l’énergie solaire en Afrique, c’est pas prioritairement un sujet climat. C’est d’abord pour améliorer l’accès à une électricité stable, et ainsi permettre à chacun de pouvoir travailler et vivre dans des conditions meilleurs.

Au Nigeria par exemple, de nombreux ménages ont fonctionné pendant plusieurs années avec les générateurs diesel, bien qu’étant au courant de l’existence de l’énergie solaire qui coûtait alors très chère. Au fur et à mesure, le gouvernement nigérian a enlevé les subsides au diesel. Le diesel est donc devenu plus cher. Aujourd’hui, c’est la tendance inverse. Plusieurs maisons et entreprises sont passées du diesel au solaire, devenu moins coûteux.

IM : Bien que l’objectif principal reste l’amélioration de l’alimentation en électricité, nous n’allons nié l’impact positif de l’énergie solaire dans la lutte contre le changement climatique

J Z : Je suis parfaitement d’accord, et c’est ça qui est génial. Il y a un objectif commun qui est la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la protection du climat. Et cet objectif est atteint et aligné via un objectif différent d’individu. C’est l’une des rares fois où il y a un alignement où tous les gens ne cherchent pas la même chose, mais aboutissement au même résultat final. C’est pour cette raison que ça me fait fort plaisir de travailler dans l’industrie dans laquelle je travaille, à savoir le solaire.

IM : En 2018, vous mettez en place l’Association de l’industrie solaire en Afrique (Afsia). La structure sert depuis de réseautage pour les professionnels du solaire sur le continent noir. Pourquoi une association en Afrique et pas en Europe ? Et pourquoi exclusivement centrée sur le solaire ? 

En fait, au début, je travaillais pour des sociétés qui voulaient faire des projets solaires en Afrique. Je travaillais à partir de Dubaï, et une semaine sur deux, j’étais envoyé dans des pays différents dans le but de trouver des partenaires, trouver des projets et signer des contrats. C’était hyper compliqué parce que il y avait pas d’association en ce moment là. Accéder à l’information était très difficile. Accéder à l’information correcte était encore plus difficile, ainsi que pouvoir parler aux bonnes personnes. Donc je me suis dit, si c’est un problème pour moi, c’est probablement un problème pour pas mal d’autres professionnels. Je me suis dis tiens c’est normalement le travail d’une association que d’être un point de repère par rapport à l’information et à la connaissance sur tout ce qui se passe dans l’industrie. C’est comme ça que j’ai commencé Afsia, par frustration dans mon job précédent.

Et pourquoi le solaire ? D’abord parce que l’énergie solaire permet à mes yeux d’atteindre des objectifs personnels. Je trouvais ça important de protéger l’environnement.  Mais, je me suis dit en Europe c’est bien gentille mais ça ne fonctionne que parce qu’il y a énormément de subsides. Ce n’est pas forcément viable financièrement. Donc il serait peut-être mieux d’aller faire le solaire à l’endroit au monde qui sera le premier à ne pas avoir besoin de subsides pour être quand même attractif. Donc je suis allé au Moyen-Orient dans des endroits où il y a beaucoup de soleil.

Ensuite parce que j’ai eu l’opportunité de travailler en Afrique. Et là, mon objectif a évolué considérablement parce que le véritable problème en Afrique c’est le manque d’électricité. C’est pas forcément de l’électricité propre ou sale, c’est juste l’accès à l’électricité, la disponibilité de l’électricité. Il y a énormément de choses qui n’ont pas lieu en Afrique tout simplement parce que les différents pays ne sont pas en mesure de fournir une électricité stable aux citoyens et aux entreprises. Je pense qu’il y a des choses qui pourraient se passer tellement mieux en Afrique si justement il y avait cette stabilité d’électricité. Soit on peut s’en plaindre indéfiniment, soit on peut se dire qu’est ce qu’on peut faire pour remédier au problème.

Enfin parce que l’énergie solaire est la plus rapide à l’installée. Il y a pas mal de pays qui travaillent sur des projets hydroélectriques depuis des années et ces projets n’ont toujours pas vu le jour aujourd’hui. La mise en œuvre de ces projets est compliquée parce qu’il faut beaucoup d’accords, beaucoup d’études, etc. Mais, pendant tout ce temps, les gens n’ont pas d’électricité. Par contre, pour le solaire, il y a des centrales de 50 MW ou encore de 100 MW qui sont construites en un an. Et ça c’est du concret. Et il y a que le solaire qui peut faire ça. Combinée aux solutions de stockage, l’énergie solaire est vraiment la clé pour résoudre énormément de problèmes, pas seulement énergétique, mais économique et sociétaux en Afrique.  

IM  : Entre 2018 et 2025, l’Afsia a permis quelles avancées concrètes en matière d’implémentation du solaire en Afrique ?

L’humble contribution qu’on apporte à l’industrie su solaire c’est une plus grande transparence par rapport à la formation, et sur le qui fait quoi, où et comment.  Et ces informations sont essentielles pour toutes les sociétés, parce que c’est ça qui leur permet de prendre les décisions par rapport à plusieurs questions : sur quel pays se concentrer ? Quelles sont les solutions qui permettent de mieux répondre au mieux aux besoins sur le terrain ? Donc, en mettant à disposition ces informations, on a aidé pas mal de société à prendre de meilleures décisions au niveau de leurs projets.

L’équipe d’Afsia avec de jeunes entrepreneurs dans le domaine du solaire en Afrique

Afsia fait également la mise en relation. Il y a énormément de professionnels actifs en Afrique, mais, qui ne sont pas forcément connus ou reconnus parce que c’est un très grand territoire. Tout le monde n’est pas forcément hyper-connecté. Tout le monde n’a pas forcément les codes des entreprises comme dans les pays européens. Donc, il y a des entrepreneurs et des individus qui passent un peu comme inaperçu pourtant il font des choses absolument formidables. Une de nos missions c’est justement de mettre en contact, en fonction des besoins, les professionnels, parce qu’il y a toujours quelqu’un qui recherche quelque chose pour avancer sur son projet, et il y a toujours quelqu’un qui a cette chose là à proposer. La clé c’est de les mettre en relation. C’est vraiment ça l’essence de l’association, l’information et la mise en contact entre les professionnels.

On a une centaine de sociétés-membres. Et puis, il y a tous les autres qui sont dans notre écosystème sans pour autant être membres. On organise une quinzaine de webinaires par an avec en moyenne 650 participants. Au delà de ça, on a créé une communauté de professionnels qui réunit au moins 120 000 personnes  intéressées par le solaire en Afrique. Enfin, nous avons le forum d’investissement annuel, Refa. C’est un peu notre grand événement de l’année. En 2025, il aura lieu à Accra au Ghana. Et là on espère avoir 350 à 400 personnes pour discuter de la question du solaire en Afrique, et de leurs projets spécifiquement, parce que c’est un événement qui est fort axé sur le financement de sociétés de projets. Donc, on a une plate-forme pour développeurs de projets d’un côté et pour ceux qui travaillent dans le financement de l’autre. Et il y a pas mal de projets qui se dessinent à Refa exclusivement.

IM : L’association rencontre-t-elle des difficultés dans l’implémentation de sa vision ? Si oui, lesquelles ?

J Z : La difficulté principale est le manque de temps. Nous sommes une petite équipe de 14 personnes et nous nous rendons compte qu’il y a beaucoup plus de choses à faire. Mais, on a pas toujours le temps de le faire, et aussi les ressources.

Par exemple, nous avons un super-projet de mise en relation des petites sociétés solaires avec des jeunes qui ont envie de se créer une première expérience professionnelle dans l’industrie solaire. Nous sommes en contact avec des sociétés qui n’ont pas forcément les ressources d’engager de nouvelles personnes. Ça c’est quelque chose, je sais, qui pourrait marcher. Sauf que cela requiert du temps et du financement. Et malheureusement, on n’est pas encore parvenu à  trouver le bon partenaire pour nous aider à mettre ce programme en place même si il est prêt. Des projets comme ça nous en avons cinq ou six.  

IM : Justement, parlant de la question du financement du solaire ou des énergies renouvelables. C’est une question que vous pourrez portez à la COP30 qui s’est ouverte ce lundi à Belém au Brésil. Est ce que vous y serez ?

J Z : Non. On n’y sera pas. Par contre on suit attentivement ce qui va se passer à Bélem. L’idée vraiment n’est pas de participer aux discussions de la COP30, mais aux idées post-COP30 et d’aller dans le concret avec un maximum d’acteurs privés sur le terrain qui vont bénéficier des nouveaux engagements pris à cette rencontre internationale. Donc, tout ce qui sortira de positif à la COP30, nous serons très contents de l’aborder et de contribuer à la mise en œuvre.

IM : En termes de résolutions prises à la COP30, quelle est celle qui servira le mieux la cause des énergies renouvelables selon vous ?

Je pense que le problème est connu et la solution aussi. Et tout ce qu’on attend, et là je me fais le porte-parole du secteur privé, c’est un peu plus d’adéquation entre les grandes annonces de différents pays, d’instances de financement, et la réalité sur le terrain. Il y a quelques temps, je me souviens d’avoir lu un article de recherche qui expliquait que 13% de toute l’aide annoncée par les instances de financement, au final, était véritablement utilisée pour des projets en Afrique, malgré que cet argent soit disponible, malgré que cet argent ait été comité.

On voit souvent qu’il y a des politiques qui s’essoufflent un tout petit peu entre les effets d’annonce et la mise en place d’un projet. Parfois même, les objectifs changent. Mais, la dynamique est plus que positive parce qu’on a la chance de travailler dans une industrie où tout devient de plus en plus efficace et tout devient de moins en moins cher. Ça facilite la vie pour les différents gouvernements parce que s’engager sur des projets énergétiques, d’infrastructures locaux, c’est pas forcément facile.

Au final, ce qui compte c’est que l’électricité soit disponible et puisse être utilisée pour que chacun vive sa vie et puisse avancer. Donc, on est dans une spirale très positive, mais il y a encore pas mal de chemin à parcourir.  Ça c’est sûr!

IM : Terminons par cette question. Peut-on aujourd’hui affirmer que l’Afrique est au centre du business solaire mondiale ?

J Z : Pendant des années, l’Afrique a toujours été présentée comme le dernier de la classe en ce qui concerne l’énergie solaire par rapport aux autres régions du monde. Comme le continent qui représente entre 0,5 et 1% de l’énergie solaire qui est installée dans le monde. Nous même nous y avons contribué parce qu’on se basait sur les informations qui étaient disponibles à ce moment là.

Récemment on a trouvé des informations un peu plus précises qui indiquent qu’on a fortement sous-estimé les capacités solaires installées en Afrique. Donc, plutôt que de tourner autour des 1%, on est peut-être autour des 3%, 4%, voire 5%. Alors ça reste toujours une petite partie, mais c’est une différence considérable.

Cette année, il est en train de se passer quelque chose d’incroyable. C’est qu’il y a vraiment une explosion du solaire en Afrique. Au même moment, dans le reste d monde, il perd de sa vigueur. On est dans une augmentation annuelle de entre +25 % ou plus 50 %. Ce qui est énorme. Ça place l’Afrique au centre du business solaire mondiale avec un marché intéressant et une taille intéressante.  

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