Portée par une volonté de réformer en profondeur la gestion des espaces, cette nouvelle législation entend poser les fondations d’une gouvernance territoriale durable, inclusive et tournée vers l’avenir. Le précédent cadre légal remontait à 1957, à une époque où la RDC s’appelait encore Congo belge. Ce décret obsolète, mal adapté à la complexité actuelle du pays et à ses enjeux de développement, laissait place à des chevauchements administratifs, des conflits d’usage et une exploitation anarchique des terres.
Ce nouveau cadre juridique ne se contente pas de réorganiser l’occupation de l’espace : il intègre pleinement les enjeux environnementaux et climatiques. Chaque projet d’aménagement devra désormais faire l’objet d’une étude d’impact environnemental obligatoire, une exigence jusqu’ici souvent négligée ou contournée.
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Le texte prévoit également des mesures spécifiques de protection des écosystèmes sensibles : zones humides, tourbières, forêts primaires et habitats de nombreuses espèces emblématiques. Une disposition saluée par de nombreux acteurs environnementaux, dans un pays qui abrite plus de la moitié des forêts du bassin du Congo, considérées comme un « poumon vert » de la planète.
Mais cette loi innove aussi par son approche participative. Les communautés locales, les autorités coutumières, les ONG et même le secteur privé sont désormais reconnus comme acteurs incontournables dans l’élaboration des plans d’aménagement.
« Rien ne pourra se faire sans un consentement libre, préalable et éclairé des populations concernées », explique Fabrice Tshimanga, porte-parole de l’Initiative interreligieuse pour les forêts tropicales (IRI-RDC), qui a été consultée dans la rédaction de la loi. Une avancée significative pour un pays où de nombreuses tensions foncières trouvent leur origine dans des décisions unilatérales prises sans concertation locale.
Reste désormais à traduire cette ambition en réalité. La publication de la loi au Journal Officiel est imminente, mais sa mise en œuvre s’annonce progressive. Il faudra former les administrations locales, créer des outils de planification, mobiliser des fonds, et surtout, instaurer une culture de la concertation et de la transparence.
« Les premiers effets concrets se feront sentir d’ici quelques années, peut-être dix ans », estime Tshimanga. Mais pour de nombreux experts, cette réforme marque le début d’un changement profond dans la manière dont la RDC pense, utilise et protège son territoire.
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Plus qu’un texte technique, cette loi est un acte politique et écologique fort. Elle redéfinit les règles du jeu dans un pays riche en ressources, mais vulnérable aux dérives extractives, aux conflits fonciers et aux effets du changement climatique. En plaçant les communautés au cœur des décisions, en exigeant le respect de l’environnement, et en dotant l’État d’un cadre clair pour planifier son développement, la RDC pose un jalon essentiel vers une gestion plus juste et plus durable de son territoire.
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