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RDC : une enquête de l’EIA établit un lien entre la crise sanitaire dans le sud-est et les activités du géant minier CMOC

L’Environmental Investigation Agency (EIA), organisation internationale qui « enquête et mène campagne contre les crimes et les abus environnementaux » accuse dans son nouveau rapport, la mine et l'usine de traitement de Tenke Fungurume, situées en République démocratique du Congo (RDC), d’être à l’origine de pollutions de l’air répétées, ayant provoqué une crise sanitaire dans la province du Lualaba.

par Inès Magoum
Usine minière de CMOC en RDC

Les conclusions de la nouvelle enquête de l’Environmental Investigation Agency (EIA) sont sans appel. Les activités du groupe chinois CMOC, liées à l’exploitation de la mine de Tenke Fungurume, et en particulier le traitement du cobalt dans sa nouvelle usine gigantesque – de la taille de 500 terrains de football – auraient entraîné des émissions de dioxyde de soufre (SO2) à grande échelle dans la province du Lualaba, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), impactant considérablement la santé des populations.

«Depuis l’ouverture de l’usine de traitement en 2023, les membres des communautés riveraines souffrent de saignements de nez, de toux répétitives et de vomissements de sang à une fréquence alarmante. Une augmentation des fausses couches et des malformations congénitales a également été signalée», peut-on lire dans le rapport publié le 9 mars 2026.

Pour arriver à cette conclusion, l’organisation internationale, en collaboration avec PremiCongo a procédé à l’analyse de 1 200 dossiers médicaux anonymisés provenant d’une clinique située à proximité de l’usine, à une surveillance indépendante de la qualité de l’air et à des entretiens avec des travailleurs, des membres des communautés affectées et des initiés de l’entreprise.

Quand l’essor de la production du cobalt favorise la crise sanitaire

« Ce rapport met en lumière le coût humain de la transition énergétique mondiale et de l’essor des véhicules électriques, alors que les constructeurs automobiles continuent de détourner le regard de leurs chaînes d’approvisionnement», estime Christian Bwenda, coordinateur de PremiCongo. «Nous disposons désormais de preuves solides de ce que les communautés savent depuis des années : elles sont victimes de la croissance incontrôlée de la mine de Tenke Fungurume ».

Le document détaille ainsi les liens d’approvisionnement de la mine avec plusieurs grands constructeurs automobiles occidentaux qui se fournissent en cobalt auprès de celle-ci pour la production de leurs véhicules électriques, notamment BMW, Mercedes-Benz, Peugeot et Volkswagen. Seulement en 2024, environ la moitié du cobalt extrait dans le monde a été produit par le groupe chinois CMOC, via ses activités minières en RDC, à travers sa filiale Tenke Fungurume Mining, qui exploite à la fois la mine de Tenke Fungurume et l’usine de traitement « 30k », qui a ouvert ses portes en 2023. Dans cette usine, l’une des plus grandes usines de traitement du cobalt au monde, le minerai de cuivre-cobalt est transformé en hydroxyde de cobalt, que la société vend ensuite aux plus grands fabricants mondiaux de batteries et de cellules de batterie. En effet, le cobalt constitue un composant stratégique essentiel des batteries lithium-ion pour voitures électriques.

Tenke Fungurume Mining rejette ces accusations

En réponses aux conclusions d’EIA, Tenke Fungurume Mining a expliqué que toutes les données de surveillance recueillies par l’entreprise entre fin 2024 et début 2025 montrent une absence de pollution, avec une concentration de SO2 restant dans les limites réglementaires applicables. La société a en outre précisé qu’elle respectait le principe selon lequel tout travail doit être effectué en toute sécurité ou ne pas être réalisé du tout, et conteste tout lien direct avec les problèmes de santé signalés dans les communautés voisines.

Le rapport appelle désormais le gouvernement congolais à ouvrir une enquête indépendante sur les conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation du cobalt dans la région.

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