La population de l’éléphant de forêt d’Afrique, que l’on trouve principalement au Gabon (66% de la population), est désormais estimée à environ 135 690 individus, avec une révision à la hausse de 16% ( 7728 à 10 990 éléphants supplémentaires) par rapport aux chiffres publiés en 2016. Ces conclusions sont tirées de la nouvelle étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L’organisation internationale a présenté les résultats de son travail ce jeudi 27 novembre 2025 à la 20e Conférence des Parties (CoP) à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui se tient depuis le 24 novembre à Samarcande, en Ouzbékistan.
Le recensement grâce à l’analyse des excréments
Afin d’aboutir à ce nouveau résultat, les scientifiques de l’UICN ont mis au point une nouvelle méthode, qui intègre la capture-recapture d’ADN. Elle permet dans un premier temps d’identifier l’« empreinte génétique » unique de chaque éléphant à partir d’échantillons d’excréments. En comparant les « captures » initiales avec les « recaptures » ultérieures, les scientifiques peuvent ensuite calculer la taille de la population avec une fiabilité bien supérieure. C’est la méthode qui a été utilisée lors du récent recensement national au Gabon. Celle-ci a été essentiel pour fournir une estimation plus précise de la population d’éléphants, révélant un nombre d’individus bien plus important qu’en 2016. Des recensements supplémentaires, notamment dans le nord de la République du Congo et à Cabinda (Angola), ont permis d’ajouter entre 600 et 700 éléphants dans la catégorie « nouvelle population ».
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C’est la première fois que les éléphants de forêt africains (Loxodonta cyclotis) sont évalués indépendamment des éléphants de savane africains (Loxodonta africana), après avoir été reconnus comme espèces distinctes en 2021. Grâce à ce rapport, 94% de la population totale d’éléphants de forêt connue provient désormais d’estimations hautement fiables, contre 53% en 2016.
Pourquoi cette découverte est-elle importante ?
D’abord, parce que l’éléphant de forêt est classé «en danger critique», le niveau d’alerte maximal sur la liste rouge de l’UICN, principalement en raison du braconnage pour l’ivoire. Selon la dernière évaluation de la Liste rouge de l’UICN, les éléphants de forêt africains ont connu un déclin de plus de 86% en 31 ans jusqu’en 2015. De plus, la perte de l’habitat due à la déforestation et aux projets ferroviaires, miniers et agricoles, et le faible taux de reproduction continue de peser sur l’espèce d’après l’organisation basé à Gland, en Suisse.
« Les chiffres actualisés concernant les éléphants de forêt africains ne doivent pas être interprétés comme une croissance de la population, mais plutôt comme le résultat d’une meilleure couverture des recensements, rendue possible par les méthodes basées sur l’ADN. Ces techniques ont considérablement réduit l’incertitude dans les estimations de détection et nous ont permis d’évaluer des zones auparavant inaccessibles », a déclaré le Professeur Rob Slotow, Co président du Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique de la CSE-UICN.
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Par ailleurs, il s’agit d’une espèce essentielle à la régénération des forêts tropicales. «Comme leur régime alimentaire est principalement composé de fruits, ils jouent un rôle crucial dans la dispersion des graines par leurs excréments. Les faire disparaître de cet écosystème, entraînera la disparition de la forêt elle-même », a déclaré Benson Okita-Ouma, co-auteur du rapport et coprésident du Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique de l’UICN, à nos confrères de Reuters. L’Afrique centrale, caractérisée par de vastes étendues de forêt tropicale intacte et une faible densité de population humaine, reste le bastion des éléphants de forêt, avec un peu moins de 95% de la population mondiale.
Après le Gabon, la République du Congo en détient 19% de la population mondiale d’éléphant de forêt et les éléphants restants de cette région vivent dans quatre autres pays d’Afrique centrale. Sur les trois régions restantes, 5% se trouvent en Afrique de l’Ouest et moins de 1% en Afrique de l’Est et australe.
Le nouveau rapport de l’UICN apporte donc une note d’optimisme concernant ces espèces critiques, tout en soulignant l’importance de continuer à lutter contre les menaces qui pèsent sur les populations d’éléphants de forêt africains.
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