NIGER : après 20 ans d’absence, l’autruche «d’Afrique du Nord» est réintroduite dans la réserve de biosphère de Gadabedji

Le 2 septembre 2026, huit autruches d’Afrique du Nord (Struthio camelus camelus) ont été réintroduites dans la réserve de biosphère de Gadabedji (RBG) au Niger. Un retour qualifié de «triomphale», puisque l’oiseau n’avait plus été aperçu dans la réserve depuis 1955, poussé au bord de l’extinction par la sécheresse, le braconnage, etc.

C’est à 14h02 exactement, le 2 septembre 2026, que les huit autruches «d’Afrique du Nord» ont alors quitté leur enclos et ont foulé le sol de la réserve de biosphère de Gadabedji, située dans la région de Maradi au Niger, sous les regards admiratifs des invités et de la population.  Selon l’ONG américaine Sahara Conservation, qui a mené l’opération en collaboration avec les autorités locales et les services des eaux et forêts du pays,on pouvait distinctement apercevoir cinq femelles et trois mâles.

«En effet, il y a un demi-siècle, l’autruche d’Afrique du Nord, ou autruche à cou rouge, disparaissait de cet écosystème [RBG], compte tenu de plusieurs facteurs, aussi bien naturels (sécheresse, perte habitat naturel) qu’anthropiques (braconnage, la collecte de ses oeufs)», a expliqué Hassane Mahamane, le conservateur de la réserve de Gadabedji, lors de la cérémonie de réintroduction de ces espèces.

La première phase d’un vaste initiative de restauration des espèces menacées

Et la dernière autruche sauvage au Niger a quant à elle disparu en 2004, dans la réserve naturelle nationale de l’Aïr et du Ténéré.

«Ce retour triomphal de l’oiseau le plus grand et le plus majestueux au monde est l’aboutissement d’un long processus de travail acharné, d’expertise hors normes et de moyens colossaux investis», a ajouté Hassane Mahamane.

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Au Niger, la conservation de l’espèce repose sur un programme national d’élevage en captivité destiné à reconstituer progressivement une population viable à l’état sauvage. Des dizaines d’autruches, dont l’origine génétique est connue et confirmée par des tests en laboratoire, sont aujourd’hui réparties sur plusieurs sites d’élevage, notamment à Iférouane (région d’Agadez), Kellé (région de Zinder) et Mainé-Soroa (région de Diffa). La contribution des gestionnaires de sites privés d’élevage a été déterminante pour maintenir une population d’autruches au Niger et rendre possible aujourd’hui leur retour dans la nature.

Sahara Conservation contribue activement depuis de longues années aux efforts de conservation et de reproduction de l’espèce, notamment à travers la gestion des sites de Kellé et Mainé-Soroa, en partenariat avec les autorités nigériennes.

Ces efforts portent notamment sur l’amélioration du succès de reproduction, les infrastructures d’élevage, les transferts entre sites, l’alimentation, les soins ainsi que sur la gestion de la diversité génétique.

Gadabedji, un site pilote pour restaurer la faune sauvage

La réserve de biosphère de Gadabedji constitue le site pilote retenu pour cette première réintroduction. Ancienne zone de répartition de l’autruche d’Afrique du Nord, elle a été sélectionnée comme site de démarrage des activités de réintroduction, dans le cadre d’une initiative plus large de restauration de la faune, après les transferts de girafes réalisés en 2018 et 2022. Il s’agit du Projet « Conservation et gestion durable de la Réserve de Biosphère de Gadabedji et des paysages associés au bénéfice de la nature et des communautés locales » (Natura Niger), cofinancé par l’Union européenne (UE).

Cérémonie de réintroduction des autruches d’Afrique du Nord à la réserve de Gadabedji©Sahara Conservation

La réussite d’une réintroduction dépend également de la protection de l’habitat, du suivi des individus et de l’adhésion des communautés vivant autour de l’aire protégée. En collaboration avec l’Unité de gestion de l’aire Protégée de Gadabedji  et les autorités administratives et coutumières locales, Sahara Conservation a récemment mené une campagne de sensibilisation auprès des communautés locales. Près de 260 personnes issues de neuf villages ont participé à des réunions d’information consacrées à l’autruche d’Afrique du Nord, son rôle écologique, les objectifs de sa réintroduction et les comportements favorisant une cohabitation durable entre les populations et la faune sauvage.

«Les équipes vont désormais suivre les animaux afin d’évaluer leur adaptation à leur nouvel environnement, leur survie, leurs déplacements et, à terme, leur reproduction. L’objectif est de permettre progressivement l’établissement d’une population sauvage viable capable de se maintenir dans la réserve et de contribuer au retour durable de l’espèce dans son aire de répartition historique au Niger», a confié Abdoul Razack Moussa Zabeirou, le représentant pays de Sahara Conservation dans le pays d’Afrique de l’Ouest.

Au Niger, l’autruche d’Afrique du Nord bénéficie d’un statut de protection intégrale au niveau national et est inscrite à l’Annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Une stratégie nationale de conservation existe depuis 2016, mise à jour en 2026, et sert de cadre stratégique afin d’orienter la mise en œuvre des activités sur le terrain.

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Inès Magoum
Inès Magoum
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