La Banque mondiale a pris une décision sans précédent en annonçant la suspension d’un financement de 150 millions de dollars pour un projet touristique en Tanzanie. Cette mesure fait suite aux révélations accablantes de l’Oackland Institute, une organisation américaine de défense des droits humains, concernant les violations des droits des autochtones dans la région visée par le projet.Le projet de Gestion résiliente des ressources naturelles pour le tourisme et la croissance (REGROW) avait pour objectif d’améliorer la gestion des ressources naturelles et des actifs touristiques dans une région isolée du sud de la Tanzanie.
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Au cœur de ce projet se trouvait l’extension du parc national de Ruaha, le deuxième plus grand parc du pays avec une superficie de 20 000 km2. Cependant, les rapports de l’Oackland Institute ont documenté des exactions commises par des gardes forestiers, allant des disparitions et exécutions extrajudiciaires à des agressions sexuelles contre des femmes, dans le cadre du projet REGROW.L’Oackland Institute a également révélé que des milliers de têtes de bétail ont été saisies illégalement et vendues aux enchères, ce qui a entraîné une grave détérioration des moyens de subsistance des éleveurs locaux.
Le groupe a vivement critiqué la Banque mondiale pour son manque de réaction immédiate face à ces abus, qui ont causé d’importants préjudices aux communautés locales. Selon les rapports de l’Oackland Institute, près de 100 millions de dollars ont déjà été dépensés pour le projet REGROW depuis son lancement en 2017.La suspension du financement de la Banque mondiale, entrée en vigueur le 18 avril 2024, a été saluée par Anuradha Mittal, directrice exécutive de l’Oackland Institute. Elle considère cette décision comme une victoire pour les communautés marginalisées de la Tanzanie et un rappel puissant de l’importance de prendre en compte la responsabilité sociale et environnementale dans la réalisation des projets de développement. Cette suspension envoie un message clair au gouvernement tanzanien : les violations des droits de l’homme au nom du développement touristique ne seront plus tolérées.
Il convient de souligner que la Tanzanie dépend fortement du tourisme pour financer son budget, avec une augmentation de 24% des arrivées de touristes étrangers en 2023. Cette dépendance a renforcé la volonté du gouvernement tanzanien de développer le secteur du tourisme. Cependant, les révélations de l’Oackland Institute mettent en lumière les conséquences néfastes de ce développement sur les droits des communautés locales et l’environnement.En outre, l’Oackland Institute rapporte que les autorités tanzaniennes projettent d’expulser près de 20 000 personnes vivant aux alentours du parc national de Ruaha afin de favoriser le développement touristique dans la région. Cette mesure soulève des préoccupations supplémentaires quant aux droits des populations autochtones et à la préservation des terres et des ressources naturelles.L’Oackland Institute, basé à Oakland en Californie, aux États-Unis, est un groupe de réflexion progressiste fondé en 2004 par Anuradha Mittal. Son travail vise à défendre les droits des communautés marginalisées et à promouvoir la responsabilité sociale et environnementale dans les projets de développement.
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En suspendant ce financement, la Banque mondiale envoie un signal fort, affirmant que les violations des droits humains ne seront pas tolérées dans les projets de développement. Il est essentiel que les autorités tanzaniennes prennent des mesures pour remédier aux abus commis et garantir le respect des droits des communautés locales, tout en assurant un développement touristique durable et équitable dans la région de Ruaha.